Les Tortues de terre et le travail de l'écaille

 
Les Tortues Géantes de Rodrigues et Maurice

Les Tortues Géantes de Rodrigues et Maurice

Les tortues géantes Cylindraspis
Elles étaient si grandes que «huit ou neuf personnes peuvent s'asseoir sur la carapace renversée d'une seule d'entre elles et y prendre leur repas.»

(Amiral Verhooven, 1600).

Le chanoine Pingré, lors de son séjour à Rodrigues en 1761, notait ainsi :

En trois mois et demi de temps que j'ai passé dans cette île, nous ne mangions presque rien autre chose: soupe de tortues, tortues en fricassée, tortues en daube, tortues en godiveau, œufs de tortue, foie de tortue… sans oublier le célèbre plat de tripes desséchées. Tels étaient presque nos uniques ragoûts; cette chair m'a paru aussi bonne le dernier jour que le premier…

La première mention de l'existence de ces tortues remonte à 1598 (Amiral van Warwyck).

En 1671, de Lespinay remarquait: 

elles sont en si grande quantité par tous les endroits de l'île, qu'une personne peut en tuer mille deux cents par jour, ou pour mieux dire, autant qu'elle voudra.

En 1708, Leguat commente l'abondance des tortues sur Rodrigues:

L'on en voit quelquefois des troupes de deux à trois mille, de sorte que l'on peut faire plus de cent pas sur leur dos… sans mettre le pied à terre. Elles se rassemblent le soir dans des lieux frais et se mettent si près l'une de l'autre que la place semble en être pavée.
De 1732 à 1771, Alfred North-Coombes estime le nombre de tortues massacrées sur la seule île de Rodrigues à environ 280 000. Leur chair était utilisée en boucherie, en médecine, mais aussi pour nourrir les cochons ou être échangée contre des poules.

 

Le Baron Grant, qui, pendant plus de vingt ans a résidé à l'Ile de France, dit, dans une lettre datée de cette île de 1741: "il y a à l'Isle de France abondance de tortues de terre et de mer. " Cette lettre a été publiée par le fils du Baron, né à l'Isle de France, Charles Grant, Vicomte de Vaux, dans: History of Mauritius or the Isle of France, London 1801 in 40. (p. 194). On lit dans le même ouvrage, en ce qui concerne Rodrigues, d'après les amiraux Cornish et Kempenfelt : "Le meilleur produit de cette Ile est la tortue de terre, qui s'y trouve en grande abondance. De petits navires sont employés constamment à en transporter par milliers à l'Ile de France pour les besoins de l'hôpital" (p. 100). II. En 1778 un naturaliste, M. Morel, écrivain principal des hôpitaux à l'Ile de France, dit dans un mémoire sur cette Ile, publié dans: Observations sur la physique, l'histoire naturelle, &c. par l'abbé Rozier. Paris 1778, in 40. Tome XII: 2e partie (p. 154) : "les tortues de terre et de mer qui étaient autrefois en si grande abondance à l'Ile de France, sont à présent très rares".

 

Ecaille de Tortue MÉTIER DU SECTEUR 

TABLETTERIE MÉTIER

L’écailliste assemble plusieurs morceaux d’écailles de torture de mer et les presse à chaud pour faire des objets façonnés puis polis. Certains artisans se sont spécialisés pour devenir "lunetier-écaillistes" lorsqu'ils réalisent des lunettes de luxe en écaille. Tous les lunetiers ne se spécialisent néanmoins pas dans l'écaille. C'est ainsi que la tradition lunetière du Haut-Jura repose sur le travail du métal et celle d'Oyonnax sur le moulage en matière plastique PROFIL Intérêt pour les matériaux rares Précision EMPLOI ET DÉBOUCHÉS L’écaille a été introduite en Europe sous l'impulsion des grands navigateurs portugais au XVIe siècle. L'engouement pour le style "Boulle" et sa technique de placage d'écaille de tortue de mer a favorisé le développement de l'utilisation de cette matière au XVIIIe siècle. Aujourd'hui, très peu de professionnels travaillent l’écaille. Cela est dû au développement des matières plastiques dans les années 1950 et à la diminution des stocks. L’écaille est un matériau protégé par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) appelée également « Convention de Washington ». Les artisans qui la travaillent doivent signaler leurs stocks (obligatoirement constitués de matériaux prélevés dans la nature avant la Convention en 1975). L’importation est interdite en France. Les stocks de matériaux diminuent donc inéluctablement et condamnent la profession d'écailliste. La maison Bonnet est la dernière à exercer cette activité en métropole. Elle a racheté progressivement les stocks des ateliers condamnés ce qui lui assure quelques décennies de travail à raison de soixante paires de lunettes en écaille vendues chaque année à de riches initiés. Les artisans de l'île de la Réunion bénéficient d'un arrêté ministériel publié en 2000 permettant à l'artisanat d'écailles de perdurer comme patrimoine culturel local et autorisant l'utilisation à des fins commerciales des stocks constitués avant 1984. L'arrêté est renouvelé régulièrement. L’île compte cinq entreprises composées de seize artisans. Un écailliste travaille pour l’industrie du luxe (lunetterie, joaillerie, lutherie, art de la table…), le tourisme (artisanat local de la Réunion) et la création ou la restauration pour une clientèle privée (collectionneurs, antiquaires, particuliers) désirant voir sauvées des pièces anciennes dont la matière est abîmée. La lunetterie française a connu une autre destinée avec le développement de la monture en fer. Aujourd'hui, l'industrie lunetière française bénéficie toujours d'une situation économique favorable à côté de laquelle subsistent des artisans lunetiers s'appuyant sur des structures semi-industrielles. Ils peuvent utiliser des logiciels de 3D et faire appel à des bureaux d'études et de design.

 

 
Tortues des Seychelles

Tortues des Seychelles

Ecaille de Tortue

Les plus belles écailles de tortue et la plus rare provient de la tortue communément appelée caret, ou tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata). Elles vivent dans les eaux chaudes des caraïbes. Aujourd'hui, les magazines de mode traitent de l'écaille de tortue comme d'une teinte de plastique. En fait, L'écaille de tortue est une matière noble et vivante, naturelle et en même temps sophistiquée, riche d'infinis reflets qui vont du brun foncé au blond, atteignant parfois des tons de miel qui lui donnent la transparence du verre. Elle doit sa réputation tant à ses qualités esthétiques qu'à ses multiples possibilités de transformation qui ont permis de l'utiliser aussi bien dans l'art décoratif que pour les objets usuels de la vie quotidienne. L'écaille de tortue véritable reste donc convoitée par quelques initiés. L'écaille de tortue est une matière ancestrale qui a de tout temps stimulé l'imagination des hommes. Déjà Virgile, Ovide, Juvénal décrivent des meubles incrustés d'écaille de tortue et dans son oeuvre satirique "Le Dialogue des Dieux", Lucien de Samosate évoque Apollon racontant à Vulcain comment Mercure inventa une lyre d'écaille de tortue. Une grande partie des peuples de Polynésie occidentale l'utilisèrent pour des décorations corporelles ou sur des objets symboliques de pouvoir. L'Asie en fut aussi une grande consommatrice : des boîtes et des cannes décorées d'écaille de tortue et provenant de Chine furent préservées au Japon dans le trésor Shoso-in dès le VIIIe siècle, à l'époque de Nara. Canton fut ensuite le principal centre de fabrication d'objets en écaille de tortue. Au Japon, le premier atelier à utiliser cette matière fut fondé à Nagasaki, à la fin du XVIe siècle. De l'extraordinaire berceau d'Henri IV, façonné dans une carapace entière, aux plus beaux meubles de l'ébénisterie du XVIIIe siècle, jusqu'aux peignes, lunettes et fume-cigarettes en écaille de tortue du XIXe et du XXe siècles, on la retrouve partout, en Europe comme en Asie, marquetée, soudée ou moulée, pour le plus grand plaisir des amateurs. En Europe, ce furent les grands navigateurs portugais qui introduisirent les premiers l'écaille de tortue marine dès le XVIe siècle. Ferdinand Cortez est un des premiers à la mentionner. La matière brute qui fut introduite alors dut être réinventée, maîtrisée par les artisans de l'époque. Il fallut pour cela trente à cinquante ans de recherches et de perfectionnements pour arriver à la maîtrise parfaite du XVIIe siècle, époque à laquelle l'écaille devint un produit très recherché. Car le mobilier évolue, et c'est vers 1625 que les lourds buffets en chêne massif commencent à laisser place aux flamboyants cabinets de laque que les marchands rapportent des Indes, ou encore à la décoration d'ébène et d'écaille, produits exotiques très recherchés par la noblesse. Ce travail complexe des nouvelles matières demandait un savoir-faire entièrement nouveau. En France, il semble que Marie de Médicis ait été à l'origine du goût pour les meubles en ébène et les spécialistes de cet artisanat prirent le nom d'ébénistes, mentionnés pour la première fois à Paris en 1638. L'Allemagne, l'Angleterre connurent le même engouement et la France de Louis XIV vit l'apogée de l'écaille grâce en particulier à l'ébéniste Charles André Boulle (1642-1732). Il développe et perfectionne en France le placage de marqueterie déjà utilisé par les Florentins depuis le début du XVIe siècle. Cette technique a donné naissance à quelques-uns des plus beaux chefs-d'oeuvre de l'art mobilier. On voit alors fleurir consoles, bureaux et tables, cartels, coffrets et cabinets. La découverte au XIXe siècle de ses possibilités d'autogreffe permettant le travail dans la masse va alors considérablement étendre son champ d'application. Elle pourra dorénavant être soudée, tournée, sculptée, façonnée et permettra aux artisans écaillistes de réaliser de véritables dentelles. La mode des cheveux longs rendit particulièrement propice cette nouvelle application de l'écaille et permit de réaliser toutes sortes de parures, comme les peignes, barrettes et brosses qui furent très couramment réalisés en écaille jusque dans les années 1960. Les riches Espagnoles d'avant-guerre venaient acheter à Paris d'immenses peignes (jusqu'à 60 cm) pour leur mantilles, sculptés et ajourés comme une véritable orfèvrerie. Ces objets étaient vendus dans les magasins " Articles de Paris", chez les chapeliers et dans quelques boutiques spécialisées. L'extrême légèreté de l'écaille en fait le produit privilégié des lunetiers. Une monture de lunettes en écaille ne pèse en effet pas plus de 16 g, ne glisse pas et est totalement anallergique. Ses qualités anti-électriques permettent en outre de fabriquer des peignes qui sont encore très recherchés par les coiffeurs. Les plus belles mallettes de voyage, commandées par de prestigieux clients étaient alors réalisées soit en ivoire, soit en écaille et personnalisées à l'unité avec les initiales du client incrusté en or dans l'écaille. Ces exceptionnelles commandes, qui demandaient des mois de travail, cessèrent au moment de la Seconde Guerre mondiale. Les artisans écaillistes, qui étaient près de 200 au début du siècle, ne se comptent plus aujourd'hui que sur les doigts d'une main.

La corvette le Nécessaire de retour au Port-Louis en 1772 rapporte des Seychelles 900 tortues, 60 cabris et 25 volailles.

 


 
Le travail de l'écaille et sa législation

Le travail de l'écaille et sa législation

Travail de l'écaille 

Législation Le travail de l'écaille de tortue et sa l'égislation d'extinction (CITES selon le sigle anglo-saxon) est un accord intergouvernemental signé le 3 mars 1973 à Washington. Son objet fondamental est de protéger les espèces animales et végétales menacées d'extinction par les échanges internationaux en contrôlant le commerce. Elle est connue aussi sous le nom de « Convention de Washington ». Un secrétariat permanent installé à Genève est chargé d'assurer le suivi de l'application de la convention. En novembre 2005, le nombre d'adhérents à la convention de Washington s'élève à 169. La convention est applicable aux États-Unis depuis le 14 janvier 1974 (1er pays dans l'ordre chronologique), en France depuis le 11 mai 1978 et en Belgique depuis le 3 octobre 1983.

La Réunion - Le travail de l'écaille de tortue et sa l'égislation d'extinction (CITES selon le sigle anglo-saxon) est un accord intergouvernemental signé le 3 mars 1973 à Washington. Son objet fondamental est de protéger les espèces animales et végétales menacées d'extinction par les échanges internationaux en contrôlant le commerce. Elle est connue aussi sous le nom de « Convention de Washington ». Un secrétariat permanent installé à Genève est chargé d'assurer le suivi de l'application de la convention. En novembre 2005, le nombre d'adhérents à la convention de Washington s'élève à 169. La convention est applicable aux États-Unis depuis le 14 janvier 1974 (1er pays dans l'ordre chronologique), en France depuis le 11 mai 1978 et en Belgique depuis le 3 octobre 1983. Le contrôle s'applique aussi bien aux animaux et végétaux, vivants ou morts, qu'à toutes les parties reconnaissables ainsi qu'aux produits dérivés (manteaux de fourrure par exemple). Toute personne, ou toute société, transportant des plantes ou des animaux inscrits dans les annexes est concernée, quel que soit le but de l'opération (commerce, cadeaux, usage personnel...). Les espèces inscrites ne peuvent faire l'objet d'un transport que sous le couvert des documents prévus par la convention (permis d'exportation, permis d'importation...) délivrées par les autorités compétentes (Pour la France, c'est le ministère de l'Environnement, sous le couvert scientifique du

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